Je jure par Dieu tout puissant,de remplir les actes de la profession d’avocat en toute probité et en tout honneur,de garder le secret professionnel,de respecter les lois et de ne jamais manquer de respect et aux tribunaux et aux autorités publiques. Cabinet d'Avocat DJELASSI: avocat
Cabinet d'avocat DJELASSI 50 bIS, Avenue Bab Bnet Tunis Tunisie +216 71 567 328 djelassi.avocat@gmail.com
Chaque fois qu'un avocat défend la bonne cause, il y a en face de lui un autre avocat qui défend la mauvaise.
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jeudi 23 octobre 2008

Le serment de l'avocat en Tunisie





Cabinet d'avocat DJELASSI


50 bIS, Avenue Bab Bnet Tunis Tunisie


+216 71 567 328


e-mail: djelassi.avocat@gmail.com


Je jure par Dieu tout puissant,de remplir les actes de la profession d’avocat en toute probité et en tout honneur,de garder le secret professionnel,de respecter les lois et de ne jamais manquer de respect et aux tribunaux et aux autorités publiques.

mardi 7 octobre 2008

L’avocat de la terreur

Avocat à Tunis

Cabinet d'Avocat DJELASSI

Un jeune avocat, pour compléter son instruction professionnelle, entre comme collaborateur dans l'étude d'un des plus grands maîtres du barreau.
[ Scenarii ]
Citations de Antonin Artaud



http://lesmusesdunet.joueb.com/images/Avocat.jpg


S'il n'y avait pas de mauvaises gens, il n'y aurait pas de bons avocats.
[ ]
Citations de Charles Dickens



vendredi 12 septembre 2008

lundi 26 mai 2008

Comment faites vous pour défendre des coupables ?


Combien de fois ai-je entendu cette question, et combien de fois l’entendrai-je encore ?
L’image de l’avocat pénaliste (comprendre : qui fait du droit criminel) tombe toujours dans la caricature, probablement véhiculée par la vision simplificatrice des nombreuses fictions inspirées par notre métier.
Cette caricature veut que l’avocat pénaliste soit défende un innocent accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, et de préférence arrive à lui tout seul à démontrer en un magnifique coup de théâtre que c’est l’épouse / la maîtresse / le majordome / le demi-frère caché et jaloux (rayez la mention inutile) le véritable coupable ; soit qu’il soit un être amoral qui, bien qu’il connaisse pertinemment la culpabilité de son client, qui est naturellement un salaud de la pire espèce, va l’aider à berner tout le monde et à s’en sortir en toute impunité.
Ces deux images sont archi-fausses.
D’abord parce que dans la grande majorité des affaires, la culpabilité n’est pas en débat. Le prévenu ou l’accusé a reconnu les faits, ou ceux-ci sont établis au-delà du moindre doute.
Ensuite, parce que les clients ne nous confient jamais dans le creux de l’oreille qu’ils sont coupables alors qu’ils clament haut et fort leur innocence.
Au contraire, ils testent leur baratin sur nous. Si leur avocat croient leur mensonge, pensent-ils, le juge, qui n’est pas forcément plus malin, le croira aussi.
Les délinquants sont ainsi pour la plupart persuadés qu’un avocat convaincu de l’innocence de son client le défendra mieux — ce qui est faux, puisque la défense sera bâtie sur une prémisse inexacte et sera très fragile—, et qu’un avocat qui sait que son client est coupable n’a pas le droit de dire qu’il est innocent — ce qui est faux également ; nous sommes liés par le secret professionnel et un bon avocat pénaliste ne dira jamais que son client est innocent car nous ne sommes pas des témoins et n’avons pas à servir de caution morale à nos clients.
Donc, la plupart du temps, nous défendons des coupables qui reconnaissent les faits. Alors à quoi servons-nous dans ces cas ?
Et bien la culpabilité, ce n’est que la moitié de l’objet de l’audience.
L’autre moitié, c’est la peine. Le juge doit prendre une décision sur ce point aussi. Le procureur a requis une peine. C’est une proposition et rien d’autre, qui est généralement sévère. L’avocat doit pouvoir en proposer une autre plus adaptée à son sens. Nous connaissons mieux que personne la situation personnelle de notre client, s’il travaille, s’il fait des études, s’il a des projets. Lui éviter la prison est un enjeu en soi. Nous aidons le juge à prendre une décision.
Il demeure quand même, certes, l’hypothèse rare où nous savons que notre client est coupable parce que nous avons, lors de nos entretiens, démoli ses mensonges et l’avons mis face à ses contradictions. Il persiste à vouloir nier devant le juge. Que faire ?
Se retirer du dossier est pour moi inacceptable, et je ne pardonne pas aux confrères qui le font. C’est là signer les aveux de son client aux yeux du juge. Imaginez un peu : « Mon client nie les faits, ma conscience m’impose de me retirer du dossier ». C’est une trahison et une forfaiture.
L’avocat est un juriste, un procès est une affaire de droit, et uniquement de droit. Pas de morale.
Ce n’est pas moi qui le dis. A mon premier dossier d’assises, le président m’a sèchement coupé la parole quand je me suis avancé sur le terrain de la morale en me disant « Maître, nous ne sommes pas ici pour faire de la morale, mais du droit ». J’ai retenu la leçon.
La loi, rien que la loi.
Et que dit-elle, la loi ?
Que l’innocence est présumée, et que c’est au ministère public d’apporter la preuve de la culpabilité, et non à l’accusé de démontrer son innocence.
« Prouvez-le ! », voilà ce que nous répétons sans cesse au procureur. Et si le parquet n’apporte pas cette preuve, le tribunal doit relaxer, sans même que nous ayons à dire « mon client est innocent ».
Et pour finir, sur le point qui génère le plus d’incompréhension.
La culpabilité est prouvée. Les faits sont reconnus. Mais la procédure est frappée d’une nullité que nous soulevons et parfois, obtenons. Le tribunal doit relaxer contre toute évidence, le dossier part à la poubelle.
Ca ne m’a jamais posé le moindre problème.
Un procès pénal est susceptible de porter atteinte à deux droits fondamentaux de la personne. La liberté et la propriété. Il s’agit là de deux droits sacrés, inaliénables, qu’aucun comportement fut-il le plus abject ne saurait justifier que qui que ce soit en soit dépouillé. L’Etat tire la justification de son existence de la préservation et la protection de ces droits.
Or un homme va peut-être être frappé par l’Etat, dans sa personne par de la prison ou dans ses biens par une amende, parce que la loi l’a prévu.
Fort bien. Mais cette atteinte devra alors avoir lieu conformément à la loi.
L’Etat peut sanctionner celui qui ne respecte pas les règles qu’il édicte, mais à la condition qu’il respecte lui-même ces règles.
Or une nullité assez grave pour affecter toute la validité des poursuites constitue une violation flagrante et irrattrapable de ces règles.
Ne croyez pas que la procédure soit une matière absconse, technocratique et inutile. Ne croyez pas qu’on obtienne une nullité à cause d’un tampon qui manque ou d’une faute de frappe.
La procédure, c’est le siège des libertés ; c’est la procédure qui protège les droits, pas leur proclamation grandiloquente sur les frontispices des monuments. J’y reviendrai dans un prochain post.
Une nullité de la procédure, cela arrive quand un policier ou un juge a outrepassé ses pouvoirs ou a violé ceux de la personne poursuivie.
Les policiers et les juges tirent leurs pouvoirs de la loi. En dehors de ce cadre, ils n’en ont plus aucun. C’est pas plus compliqué que ça. Les actes qu’ils font en dehors de ce cadre sont nuls et de nul effet.
Il serait inadmissible que l’on valide des arrestations arbitraires, des gardes à vue illégales qui s’apparentent dès lors à de la séquestration, des aveux obtenus par la contrainte. L’Etat qui tolèrerait cela ne serait pas un Etat de droit. C’est l’honneur des juges de refuser de condamner des personnes poursuivies dans ces conditions.
Les nullités sont rares. La loi restreint très sévèrement les délais et les formes pour les soulever. Les juges font tout pour sauver les dossiers.
Alors, quand nous parvenons à obtenir la nullité d’une procédure, nous pouvons être surs que nous avons fait notre travail d’avocat, et de la plus belle manière.

Comment faites vous pour défendre des coupables ?


Combien de fois ai-je entendu cette question, et combien de fois l’entendrai-je encore ?
L’image de l’avocat pénaliste (comprendre : qui fait du droit criminel) tombe toujours dans la caricature, probablement véhiculée par la vision simplificatrice des nombreuses fictions inspirées par notre métier.
Cette caricature veut que l’avocat pénaliste soit défende un innocent accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, et de préférence arrive à lui tout seul à démontrer en un magnifique coup de théâtre que c’est l’épouse / la maîtresse / le majordome / le demi-frère caché et jaloux (rayez la mention inutile) le véritable coupable ; soit qu’il soit un être amoral qui, bien qu’il connaisse pertinemment la culpabilité de son client, qui est naturellement un salaud de la pire espèce, va l’aider à berner tout le monde et à s’en sortir en toute impunité.
Ces deux images sont archi-fausses.
D’abord parce que dans la grande majorité des affaires, la culpabilité n’est pas en débat. Le prévenu ou l’accusé a reconnu les faits, ou ceux-ci sont établis au-delà du moindre doute.
Ensuite, parce que les clients ne nous confient jamais dans le creux de l’oreille qu’ils sont coupables alors qu’ils clament haut et fort leur innocence.
Au contraire, ils testent leur baratin sur nous. Si leur avocat croient leur mensonge, pensent-ils, le juge, qui n’est pas forcément plus malin, le croira aussi.
Les délinquants sont ainsi pour la plupart persuadés qu’un avocat convaincu de l’innocence de son client le défendra mieux — ce qui est faux, puisque la défense sera bâtie sur une prémisse inexacte et sera très fragile—, et qu’un avocat qui sait que son client est coupable n’a pas le droit de dire qu’il est innocent — ce qui est faux également ; nous sommes liés par le secret professionnel et un bon avocat pénaliste ne dira jamais que son client est innocent car nous ne sommes pas des témoins et n’avons pas à servir de caution morale à nos clients.
Donc, la plupart du temps, nous défendons des coupables qui reconnaissent les faits. Alors à quoi servons-nous dans ces cas ?
Et bien la culpabilité, ce n’est que la moitié de l’objet de l’audience.
L’autre moitié, c’est la peine. Le juge doit prendre une décision sur ce point aussi. Le procureur a requis une peine. C’est une proposition et rien d’autre, qui est généralement sévère. L’avocat doit pouvoir en proposer une autre plus adaptée à son sens. Nous connaissons mieux que personne la situation personnelle de notre client, s’il travaille, s’il fait des études, s’il a des projets. Lui éviter la prison est un enjeu en soi. Nous aidons le juge à prendre une décision.
Il demeure quand même, certes, l’hypothèse rare où nous savons que notre client est coupable parce que nous avons, lors de nos entretiens, démoli ses mensonges et l’avons mis face à ses contradictions. Il persiste à vouloir nier devant le juge. Que faire ?
Se retirer du dossier est pour moi inacceptable, et je ne pardonne pas aux confrères qui le font. C’est là signer les aveux de son client aux yeux du juge. Imaginez un peu : « Mon client nie les faits, ma conscience m’impose de me retirer du dossier ». C’est une trahison et une forfaiture.
L’avocat est un juriste, un procès est une affaire de droit, et uniquement de droit. Pas de morale.
Ce n’est pas moi qui le dis. A mon premier dossier d’assises, le président m’a sèchement coupé la parole quand je me suis avancé sur le terrain de la morale en me disant « Maître, nous ne sommes pas ici pour faire de la morale, mais du droit ». J’ai retenu la leçon.
La loi, rien que la loi.
Et que dit-elle, la loi ?
Que l’innocence est présumée, et que c’est au ministère public d’apporter la preuve de la culpabilité, et non à l’accusé de démontrer son innocence.
« Prouvez-le ! », voilà ce que nous répétons sans cesse au procureur. Et si le parquet n’apporte pas cette preuve, le tribunal doit relaxer, sans même que nous ayons à dire « mon client est innocent ».
Et pour finir, sur le point qui génère le plus d’incompréhension.
La culpabilité est prouvée. Les faits sont reconnus. Mais la procédure est frappée d’une nullité que nous soulevons et parfois, obtenons. Le tribunal doit relaxer contre toute évidence, le dossier part à la poubelle.
Ca ne m’a jamais posé le moindre problème.
Un procès pénal est susceptible de porter atteinte à deux droits fondamentaux de la personne. La liberté et la propriété. Il s’agit là de deux droits sacrés, inaliénables, qu’aucun comportement fut-il le plus abject ne saurait justifier que qui que ce soit en soit dépouillé. L’Etat tire la justification de son existence de la préservation et la protection de ces droits.
Or un homme va peut-être être frappé par l’Etat, dans sa personne par de la prison ou dans ses biens par une amende, parce que la loi l’a prévu.
Fort bien. Mais cette atteinte devra alors avoir lieu conformément à la loi.
L’Etat peut sanctionner celui qui ne respecte pas les règles qu’il édicte, mais à la condition qu’il respecte lui-même ces règles.
Or une nullité assez grave pour affecter toute la validité des poursuites constitue une violation flagrante et irrattrapable de ces règles.
Ne croyez pas que la procédure soit une matière absconse, technocratique et inutile. Ne croyez pas qu’on obtienne une nullité à cause d’un tampon qui manque ou d’une faute de frappe.
La procédure, c’est le siège des libertés ; c’est la procédure qui protège les droits, pas leur proclamation grandiloquente sur les frontispices des monuments. J’y reviendrai dans un prochain post.
Une nullité de la procédure, cela arrive quand un policier ou un juge a outrepassé ses pouvoirs ou a violé ceux de la personne poursuivie.
Les policiers et les juges tirent leurs pouvoirs de la loi. En dehors de ce cadre, ils n’en ont plus aucun. C’est pas plus compliqué que ça. Les actes qu’ils font en dehors de ce cadre sont nuls et de nul effet.
Il serait inadmissible que l’on valide des arrestations arbitraires, des gardes à vue illégales qui s’apparentent dès lors à de la séquestration, des aveux obtenus par la contrainte. L’Etat qui tolèrerait cela ne serait pas un Etat de droit. C’est l’honneur des juges de refuser de condamner des personnes poursuivies dans ces conditions.
Les nullités sont rares. La loi restreint très sévèrement les délais et les formes pour les soulever. Les juges font tout pour sauver les dossiers.
Alors, quand nous parvenons à obtenir la nullité d’une procédure, nous pouvons être surs que nous avons fait notre travail d’avocat, et de la plus belle manière.

Que faire quand on reçoit un courrier d'avocat ?

Retenez bien la formule : c'est la règle des trois P et des deux T :
Pas de Panique, Prudence, et une Tasse de Thé.
Pas de panique : si une telle lettre ne doit pas être prise à la légère, elle n'est pas synonyme d'Harmaguédon. La première urgence est de ne rien faire : pas de mise hors ligne précipitée, pas de fermeture du site. La personne qui vous envoie une telle lettre expose une demande, fondée sur des griefs. Pour décider de ce que vous allez faire, il vous faut déterminer avec précision les éléments-clefs : qui vous en veut, pourquoi, que veut-il, et est-il déterminé ? Enfin, dernière question : a-t-il raison ? Les réponses aux trois premières questions doivent découler de la lecture de la lettre. Sinon, il vous faudra demander des précisions. La réponse à la quatrième se déduira du courrier lui-même. Enfin, la cinquième question trouvera sa réponse sur mon blog, ou chez un confrère.
► A la question : "qui ?", la lettre est censée vous apporter une réponse claire. Soit la lettre émane de la personne concernée par vos écrits, soit de son avocat qui précisera au nom de qui il prend contact avec vous. Sachez que si une personne tierce se manifeste auprès de vous, vous pouvez l'envoyer balader. Quelle que soit l'affection sincère qu'elle éprouve pour son maire, son président, ou son voisin, elle n'a pas qualité pour vous demander quoi que ce soit ni pour agir en justice. Vous pouvez gratifier votre correspondant d'un cinglant "En France, nul ne plaide par procureur !" Lui non plus ne saura pas ce que ça veut dire.
► A la question "pourquoi ?", la lettre vous donnera comme réponse le billet concerné ; un avocat aura pris la peine de citer les passages précis concernés. Sinon, n'hésitez pas à poser la question par retour de courrier. Ce n'est pas à vous de faire le travail à sa place, quand même. Un simple "Je vous saurai gré de bien vouloir me préciser quels passages précis du texte que vous visez dans votre lettre vous estimez devoir me reprocher" suffit. De même, si le courrier ne précise pas ce qu'il reproche exactement à ce texte, demandez des précisions, notamment sur la qualification juridique. Ne donnez pas de piste à votre interlocuteur. Demandez-lui simplement "Pourriez-vous me préciser sur quels fondements juridiques vous fondez votre réclamation ? Ce point ne figure pas dans votre courrier et cette absence ne me permet pas de décider de la suite à donner à votre lettre."
► La question "Que veut-il ?" trouvera sa réponse en fin du courrier, généralement annoncé par les mots "je vous mets en demeure de...". Le plus souvent, c'est la suppression d'un ou plusieurs billets voire de toutes les mentions d'une personne ou d'un produit qui seront demandés. Parfois, c'est carrément une facture qui sera jointe à l'envoi : il y en a qui ne doutent de rien (j'en ai vu plusieurs exemples, certains émanant d'un avocat...).
Déjà, à ce stade, vous verrez clairement les principales données du problème qui ressortent expressément du courrier. Maintenant, jouons aux Sherlock Holmes, et voyons ce que la lettre nous dit tacitement, en trahissant son auteur.
► Est-il déterminé ? La personne qui vous contacte tente-t-elle un bluff ou est-elle prête à aller au procès ? C'est un élément essentiel à tenir en compte pour votre réaction. La divination judiciaire n'est pas une science exacte mais des indices peuvent vous guider.
- Déjà, c'est une lettre, pas une assignation en justice. Cela indique d'emblée qu'il est désireux de trouver une solution amiable, à tout le moins : vous mettez hors ligne et ça s'arrête là.
- Lettre AR ou e-mail ? C'est un deuxième indice. Une personne qui n'a pas voulu mettre 4,35 euro dans une lettre a peu de chance de vouloir en mettre 100 dans un huissier (au sens figuré, bien sûr, chers maîtres, rassurez-vous). Attention : l'e-mail peut aussi vouloir dire que la personne ne vous a pas identifié si vous bloguez anonymement. Evitez donc de donner en réponse des éléments vous identifiant. Elle aussi a le droit de jouer aux Sherlock Holmes.
- Courtois et précis ou bruyant et brouillon ? Le ton de la lettre en apprend beaucoup. Un interlocuteur sûr de lui n'a aucune raison de vouloir rouler des mécaniques pour vous impressionner. Il sera clair, précis, et poli. Même dans ses avertissements sur les conséquences d'un refus. Il n'aura pas peur d'aller au procès : si c'est un avocat, il est persuadé de gagner, ce qui veut dire client content et honoraires à la charge de la partie adverse (c'est vous, ça). Il n'aura pas envie de vous faire peur. Alors qu'au contraire, un interlocuteur qui bluffe aura tendance à en faire des tonnes : en vous inondant de références oiseuses, en en rajoutant dans le cumul des qualifications ("écrits injurieux et diffamatoires" est un grand classique) et vous promettra mille tourments judiciaires tout en restant vague dans leur nature exacte. C'est comme au poker : une grosse relance avec une main faible pour obliger les petits jeux et les petits joueurs à se coucher. Et ne croyez pas que parce que c'est un avocat, il n'osera pas faire de menaces sur du vent. Certains confrères usent et abusent de l'autorité que leur confère leur titre pour écrire une lettre tonitruante pour satisfaire le client et espérer que l'adversaire se "couchera" plutôt que faire face au coût d'un procès. Demandez à "Bio" Bix: il a reçu un courrier d'avocat le menaçant de poursuites en diffamation... deux ans après la publication du texte litigieux.
Et à ce propos, une petite incise. Il existe des règles déontologiques très strictes encadrant la prise de contact avec la partie adverse pour les avocats. Certains confrères oublieux de leurs colonnes de déontologie[1] ne les respectent pas. Ces règles figurent à l'article 8 du Règlement Interieur National, applicable dans tous les barreaux. L'avocat doit notamment vous rappeler dans la lettre la possibilité que vous avez de consulter un avocat et vous proposer qu'il prenne contact avec lui. En outre, l'avocat doit s'interdire toute présentation déloyale des faits et toute menace (l'annonce de l'éventualité d'un procès n'étant pas une menace). Aidez-nous à assurer la formation continue obligatoire : si vous recevez une lettre agressive, manifestement infondée, faisant abstraction d'éléments empêchant toute poursuite, ou exigeant un paiement en échange de l'apaisement, portez plainte auprès du bâtonnier de ces avocats (lettre recommandée adressée au bâtonnier de l'Ordre où est inscrit l'avocat scripteur, avec copie du courrier et ce qui vous apparaît choquant : précisez que vous estimez que ce courrier est contraire à l'article 8 du RIN, ça l'impressionnera). Croyez-moi, ça calmera un avocat un peu trop excité ou pensant qu'il suffit de crier très fort pour vous faire capituler.
► A-t-il raison ? C'est la question la plus difficile, parce que la réponse ne se trouve pas dans la lettre. Vous trouverez, je l'espère du moins, des éléments de réponse dans mon billet Blogueurs et responsabilité (il y a un lien permanent dans la colonne de droite). Si la lettre vous indique des références de textes, allez les lire sur Légifrance.
C'est là que la Tasse de Thé vous sera utile (un Long Jing, infusé dans une eau à 85 °C pas plus : c'est plein de vitamine C, d'acides aminés et de catéchine).
Enfin, une fois que vous avez ces cinq réponses, il est l'heure de faire appel au dernier P : la prudence. Avant de faire quoi que ce soit, pensez aux conséquences, surtout une que vous devez garder à l'esprit : votre adversaire vous lit. Que vous lui répondiez, que vous parliez de votre mésaventure sur le site, tout ce que vous écrirez pourra être retenu contre vous, et le sera. Pensez donc avant tout au juge qui vous lira quand vous écrirez, et avancez comme le chat de Robert Merle, une patte en avant et l'autre déjà sur le recul.
Si vous vous sentez dépassé, faites appel à un avocat. Cela vous débarrassera du stress, et lui pourra engager des pourparlers tranquillement avec l'avocat adverse : les correspondances entre avocats sont couvertes par le secret professionnel et on peut tout se dire, ça reste entre nous. Alors que si vous, vous écrivez à l'avocat adverse, soyez sûr que votre lettre se retrouvera dans le dossier de la procédure.
Alors, si vous prenez contact avec la partie adverse, ne reconnaissez pas vos torts dans un geste d'apaisement : vous vous livrez pieds et poings liés. Ne niez pas non plus l'évidence. Gardez un ton réservé : "avant de me faire une opinion, j'ai besoin de ces précisions...".
Si, après cette méticuleuse analyse, vous avez la certitude d'être dans votre bon droit (prescription de trois mois, propos non diffamatoires ni injurieux car ne portant que sur les idées et les opinions publiques de la personne et non sur la personne elle même), par contre, faites une réponse ferme, expliquant les raisons de votre refus, textes et jurisprudences à l'appui, pour que l'adversaire comprenne qu'il a affaire à forte partie. Qu'ils y viennent, maintenant, avec leur assignation : vous êtes prêt. Si vous êtes visiblement en tort, soyez bon prince et accédez aux demandes légitimes (mais à celles-là seulement).
Ensuite, en parler ou pas ?
Le réflexe de beaucoup de blogueurs est de faire état de la lettre ou de l'assignation, en espérant faire du buzz. Le monde des blogueurs est solidaire et ça marche plutôt bien. Même si aucune réponse universelle n'est possible, j'aurais tendance à préconiser que oui. C'est une tactique efficace à long terme pour décourager ceux qui agitent des menaces voire citent en justice en espérant décourager la critique (oui, je pense à Yves Jégo) ou assignent en masse pour assurer la discrétion de leur vie privée. La technique est contre-productive par nature, outre les dégâts disproportionnés en termes d'image. Autant aider à le faire comprendre. Et taire l'info ne fera qu'encourager la pratique. Donc, a priori, sentez-vous libre d'en parler. Voyez si dans votre situation précise, il n'y a pas contre-indication.
La publication de la lettre ne pose pas de problème en soi, tant qu'aucun élément portant atteinte à la vie privée des personnes concernées ou de tiers n'est mentionnée (comme l'adresse personnelle, pensez à la caviarder) ou à un secret professionnel auquel serait tenu le destinataire. L'atteinte au secret des correspondances n'est un délit que si elle est commise de mauvaise foi, c'est à dire que la personne divulguant la lettre sait ne pas en être le destinataire. Attention toutefois aux commentaires que vous ferez (souvenez-vous : Tasse de Thé... heu, non, je veux dire Prudence), et aux commentaires qui seront laissés et qui peuvent dégénérer en injures. Une bienveillance à cet égard de votre part sera utilisé pour démontrer une intention de nuire de votre part.
Evitez absolument la provocation, l'agressivité gratuite, ou d'en faire des tonnes à votre tour (ce n'est pas parce que votre adversaire est au PS qu'il est un censeur stalinien, ou à l'UMP qu'il est un fasciste aux ordres du petit Voldemort). Répondez toujours à l'outrance par la modération : vous marquez des points pour un futur procès.
Voilà le B.A.BA de l'auto-défense juridique. Je ne donne dans ce billet qu'un aperçu furtif de la science du litige que maîtrise l'avocat. Accusez-moi de plaider pour ma chapelle, mais si c'est un métier, ce n'est pas par hasard. Mon dernier conseil sera donc très corporatiste : si vous avez un avocat en face, pensez sérieusement à en prendre un à votre tour.
Et puis une Tasse de Thé, c'est meilleur à deux.
Notes
[1] C'est ainsi qu'on appelle les heures de formation obligatoire à la déontologie lors des deux premières années d'exercice (outre les cours dispensés pendant les 18 mois de formation en Centre Régional de Formation à la Profession d'Avocat).
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